Lecture de paysage
Puy de dôme

 

Nous sommes ici sur le point culminant de la chaîne des Dômes qui comprend 80 volcans étalés sur 32 km de long et 4 km de large.

Cette chaîne est unique au monde : ces 80 volcans constituent la collection la plus compacte et la plus diversifiée de formes volcaniques que l’on puisse trouver sur terre en un même lieu : des dômes, des cônes et des maars selon des proportions respectives de 20, 75 et 5%.

Conscients de la valeur inestimable de ce patrimoine naturel, ces caractéristiques géologiques remarquables ont conduit des responsables locaux à engager les démarches en vue de l’inscrire au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, ce qui fut initié en 2007 et concrétisé en 2018, au terme d’une décennie d’un travail laborieux, soit l’an II avant covid.

Parce que les 2 phénomènes géologiques sont liés, le nom retenu est « Chaîne des Puys – Faille de Limagne », la chaîne des puys étant constituée par ces 80 volcans et la faille de Limagne représentée par cette cassure le long et à l’Est de la chaîne des puys au-bas de laquelle se trouve la ville de Clermont-Ferrand, capitale et principal poumon économique de l’Auvergne, expression « poumon économique » qui est aussi synonyme d’air irrespirable. Nous n’en sommes pas à un paradoxe près.

 

Les grandes étapes de formation de la « Chaîne des Puys – Faille de Limagne » :

– Plateau des Dômes

Montagnes anciennes aplanies par l’érosion

(datation : 350 M.a)

– Faille de Limagne

fracturation de la croûte terrestre

(datation : 40 M.a)

– Montagne de la Serre

relief inversé (anciennes coulées de lave plus résistantes que les sédiments grignotés par l’érosion)

(datation : 3 m.a)

– Chaîne des Puys

80 volcans monogéniques (une éruption brève et unique). C’est le plus jeune ensemble volcanique de France métropolitaine

(datation : 95.000 à 8.400 ans)

D’ici, nous avons le privilège de jouir du meilleur point de vue possible sur l’ensemble de la « Chaîne des Puys – Faille de Limagne ». Culminant à 1465 mètres d’altitude, le puy de Dôme est le plus haut des 80 volcans de la chaîne, ce qui lui vaut l’appellation – peut-être un peu pompeuse – de « Géant des Dômes ». C’est un volcan sans cratère, de type péléen.

Alors que nous sommes aujourd’hui au plus fort de la saison estivale, ce n’est pas forcément le meilleur moment de l’année pour apprécier la tranquillité des lieux, mais quand-même….

A l’image de ces volcans, endormis, le temps semble figé autour de nous à la vue des panoramas que l’on peut observer tout autour sur 360°, à part la ville de Clermont-Ferrand à l’Est, à nos pieds, qui nous rappelle au bon souvenir de la présence humaine et du développement économique intensif.

 

Quelques mots à propos du sommet :

– Présence du « Temple de Mercure », (Mercure, Dieu du commerce et de la protection des voyageurs)

Construit au milieu du IIe siècle de notre ère : le temple de Mercure est un vestige de l’Empire gallo-romain. Sa taille (3600 m2) laisse supposer qu’il s’agissait d’un lieu de sanctuaire très fréquenté, sur le trajet d’une des voies romaines importantes qui sillonnaient la Gaule, reliant Lyon et Saintes (l’équivalent de l’A89 actuelle qui relie Lyon et Bordeaux en passant par Clermont). Ce temple a été construit en blocs de trachyte, il y avait aussi des ornements en marbre. La toiture était constituée de feuilles de plomb clouées sur une charpente en bois.

– Plus récemment implantation d’un Centre InterMinistériel qui regroupe :

  • La station hertzienne à finalité civile et militaire avec une tour de 85m de haut qui sert à la télé, à la radio, aux services d’urgence, de renseignements…..(présence de la gendarmerie)
  • La station météo : création dès 1876 du 1er observatoire météorologique du monde. Encore aujourd’hui c’est un haut lieu de recherche en physico-chimie des nuages. Il compte parmi les 15 sites majeurs européens d’observation de l’atmosphère
  • Un bâtiment pour l’armée de l’air

Il fut et est encore l’objet de plusieurs défis sportifs d’importance :

  • 1ère ascension en vélo par le chemin des muletiers en 1892
  • Un avion atterrit au sommet en 1911 dans le cadre du « Grand Prix Michelin » lancé par le manufacturier 3 ans plus tôt dans le but de promouvoir l’aviation naissante à cette époque
  • 1er passage du Tour de France en 1952
  • 1er vol en deltaplane en 1973. Depuis cette date de nombreux « libéristes » investissent le site tout au long de l’année au gré des vents et des conditions météorologiques souvent changeantes sous l’œil admiratif des visiteurs quand le ciel a été dégagé de ses nuages d’un coup de balai salvateur.

 

Quelques grandes dates du puy de dôme :

  • I°-II°, 2eme siècles : construction du temple de mercure
  • XI°-XII° : Construction de la chapelle St Barnabé
  • 1648 : expérience de Blaise Pascal sur la pression atmosphérique
  • 1789 : le département prend le nom du pdd (et évite le Mont Dore pour ne pas faire référence à l’or, à la richesse et donc aux taxes et impôts en tous genres….. déjà à cette époque la province devait se protéger de l’appétence parisienne pour la monnaie sonnante et trébuchante….)
  • 1876 : Inauguration du 1er observatoire météorologique du monde !
  • 1907 : début des travaux d’une ligne de chemin de fer depuis Clermont (achevés en 1925)
  • 1926 : inauguration de la route automobile à péage
  • 1956 : construction de l’antenne TDF
  • 1973 : 1er vol en deltaplane
  • 1992 : création d’un bâtiment avec accueil du public et restaurant
  • 1999 : lancement de l’opération d’aménagement global du site
  • 2007 : début de la candidature au patrimoine mondial de l’UNESCO (aboutie en 2018)
  • 2012 : mise en service du Panoramique des Dômes
  • 2022 : 1ère étape de notre Marche Fantastique
  • 2024 pour l’instant à l’état de projet, retour de la fin d’étape du Tour de France cycliste au sommet du puy de dôme en mémoire du mémorable duel en 1964 entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor qui ont terminé l’ascension au coude à coude.

 

Les paysages :

A proximité :

Le paysage a évolué avec les activités humaines :

– Les bouleaux, pins, chênes, tilleuls et frênes se sont progressivement installés entre 10.000 et 5.000 ans pour aboutir à la couverture des puys par une immense chênaie

– L’homme commence à ouvrir des clairières pour ses cultures, il introduit aussi le noyer et le châtaignier

– Catastrophe au XIV° siècle : guerre de cent ans et peste noire décimentnt la population, la forêt regagne du terrain.

– XVII° siècle l’exploitation du bois s’intensifie permettant le développement des activités pastorales

– Depuis, divers épisodes de l’histoire du pays ont fait évoluer l’écosystème vers des répartitions chaotiques entre forêt, élevage, culture…..et maintenant tourisme

– Le dernier élément le plus notable serait l’arrivée de l’épicéa dans la forêt.

 

Quelques volcans que l’on peut admirer à proximité :

Côté nord, le grand Suchet le Pariou, le puy Chopine

Côté sud, le puy de la Vache et Lassolas

 

Et pour se repérer en regardant plus au loin :

Au nord-est : la Limagne

A l’est : Clermont-Fd, le Forez

Au sud-est : le Livradois

Au sud et sud-ouest : Vache et Lassolas, les monts Dore, le Sancy, le Cezallier, le Cantal, le puy Mary,

A l’ouest : la Corrèze et le sud de la Creuse

Au nord-ouest : la Creuse

Le nord est peut-être le moins intéressant, rien de particulier à signaler à part les volcans se situant au nord, le département de l’Allier

 

La Flore :

– en dessous de 1000 m

La forêt

Le puy de Dôme abrite 3 forêts différentes :

À son pied, une forêt mélangée de feuillus : bouleaux, noisetiers, alisiers…

Un peu plus haut sur les flancs du volcan, poussent de très beaux arbres, des hêtres,

parmi lesquels se mêlent des sapins. On appelle cette forêt une hêtraie-sapinière.

À un autre endroit, toujours sur les pentes du puy de Dôme, l’homme a planté une forêt

d’épicéas pour l’exploitation du bois : tous les arbres sont alignés et à la même hauteur.

– entre 1000 et 1400 m

La lande, composée d’une végétation basse et souvent parsemée de callune, petit arbrisseau aux fleurs pourpres. La lande se développe dans des endroits où le climat est rude, fouetté par les vents et copieusement arrosés. Ce sont les moutons qui participent au maintien de cet espace ouvert, empêchant les arbres tels que noisetiers ou pins de prendre racines. Ils sont donc indispensables.

Les combes qui sont des sortes de petites rigoles pleines de pierre situées sur les flancs  du volcan. Humides et ombragées, elles sont constituées d’éboulis.

– au-dessus de 1400 m

La pelouse pousse habituellement au sommet des montagnes à partir de 1 600 m d’altitude, en raison des vents trop violents et du climat trop rude. Alors que la pelouse apparaît dans les Alpes vers 2 200 m, c’est ici à partir de 1400 m, pour le plus grand plaisir des moutons.

 

Les plantes remarquables :

– La digitale pourpre

Elle peut mesurer de 30 cm à… 2 mètres. Particulièrement belle avec ses grandes fleurs roses en forme de clochette réunies en grappe. De juin à août, elle illumine la forêt, mais attention ! elle est aussi belle que

dangereuse : très toxique, elle augmente le rythme cardiaque jusqu’à engendrer la mort….

La digitaline, une de ses substances, est utilisée pour la préparation de médicaments destinés à certaines affections cardiaques.

– L’arnica des montagnes

De 20 à 60 cm elle produit une petite fleur jaune qui dégage une odeur aromatique forte. On la trouve uniquement dans les pelouses et les landes. Elle est très utile en médecine car elle aide à cicatriser les plaies et guérir les contusions.

– La gentiane

Très facile à repérer de par sa grande silhouette robuste dans la lande.

Cette plante peut mesurer jusqu’à 1m 50 et peser plusieurs kilos. Grande longévité, jusqu’à plus de 50 ans. Par contre elle ne fleurit que tous les 4 à 8 ans. Avec ses racines, on fabrique un alcool auvergnat  typique (commercialisé sous les noms Gentiane , Aveze ou Salers). Mais pour l’arracher, il faut beaucoup de force et l’aide d’un outil spécial : la « fourche du diable ».

– Le lys martagon

Présente une fleur couleur pourpre joliment dessinée, mise en valeur le long de sa longue tige. Autrefois les alchimistes pensaient pouvoir faire de l’or avec son bulbe. Mais attention il ne faut surtout pas la cueillir car c’est une espèce protégée.

– L’ail des ours

Il tapisse le sol des hêtraies du puy de Dôme et fleurit d’avril à juin. Il émet une légère odeur d’ail d’où son nom. Double utilisation en médecine et en cuisine (pour l’aromatisation des plats)

 

La Faune :

– Le pic noir

Un oiseau qui ne se laisse pas facilement observer mais par contre, on peut repérer son habitat (que l’on appelle loge) creusé dans des vieux troncs. C’est un oiseau noir qui mesure entre 40 et 46 centimètres avec une calotte rouge pour les mâles. Son bec fin et puissant lui permet de se nourrir d’insectes cachés dans les troncs.

– Le chamois

C’est un animal de passage sur le puy de Dôme qui affectionne tout particulièrement les zones rocheuses. Il ressemble à une chèvre avec un pelage brun. Grâce à son puissant odorat, il peut détecter une présence humaine à 500 mètres.

– L’apollon

Il s’agit d’un grand papillon très élégant avec des ailes tachetées de points noirs et rouges. Il est très vulnérable et classé parmi les espèces menacées. Il vit uniquement en montagne, besoin de fraîcheur. A été réintroduit avec succès sur le site du puy de Dôme et fait l’objet d’une surveillance attentive.

– L’alouette Lulu

On l’entend assez fréquemment le jour, surtout à l’aube (chant qui ressemble à des «lullulululu» et des «duliduli»). Son plumage tire sur le roux. Elle se nourrit de larves de papillons ou de bousiers et de graines de plantes sauvages.

– La rava

Une espèce de mouton typiquement auvergnate. Particulièrement bien adaptée à la rudesse du climat avec sa laine épaisse, blanche à poils durs. Elle joue un rôle essentiel pour l’entretien des Pelouses et des Landes du puy de Dôme par sa présence pendant toute la période qui va du printemps au début de l’automne et que l’on appelle l’estive. En broutant sur les puys, elle empêche la forêt de tout coloniser et de fermer les paysages.

– Le chevreuil

Il mesure 80 cm au garrot. Son pelage change en fonction des saisons : de brun-roux en été, il devient brun-gris en hiver. Il possède des bois très courts qui tombent une fois par an pour mieux repousser. Il se nourrit d’herbes, de pousses d’arbre, de buissons et de baies sauvages.

– Le lézard des murailles

C’est un petit reptile de 10-12 cm brun, gris, verdâtre. Sa face ventrale est claire (jaune, bleue ou rougeâtre). Il se nourrit d’insectes tels que les mouches, les papillons, les chenilles ou les araignées. Si un prédateur l’attrape par la queue, elle se détache pour qu’il puisse s’échapper. Une autre queue repoussera à la place. Très sensible à la pollution, c’est un bon signe qu’il soit présent sur le site du puy de Dôme.

– Le criquet des genévriers

Avec sa couleur vert fluo, cet insecte ne passe pas inaperçu. Grâce à ses longues pattes arrière, il saute sur de grandes distances dans les hautes herbes de la lande dont il se nourrit.

– La vipère péliade

C’est un reptile de 60 cm de long avec une tête ronde et un museau retroussé.

Les écailles qui recouvrent son corps sont de couleur brun clair avec des taches brunes plus sombres. On peut l’apercevoir en bordure du chemin des Muletiers mais elle apprécie surtout les grosses pierres de la lande sur lesquelles elle se prélasse au soleil, principalement à la belle saison bien entendu. Elle se nourrit de lézards, de grenouilles et de petits mammifères. Sa morsure est très douloureuse mais rarement mortelle (des taux de létalité encore plus faibles que le Covid).

 

Le mot de la fin

A vous maintenant de vous imprégner de ce lieu magique. Plusieurs tables d’orientation et tableaux explicatifs sont à votre disposition tout autour du sommet pour vous apporter de nombreuses informations utiles ou réponse à des questions pour lesquelles je ne suis pas l’interlocuteur le plus compétent.

Vous pouvez vous procurer ou simplement consulter de la documentation à l’intérieur du bâtiment d’accueil du public près de la gare du Panoramique des Dômes.

Je vous souhaite un agréable moment qui restera je l’espère longtemps gravé dans vos mémoires.

 

Une question – et ce sera la dernière – que l’on est tous en droit de se poser : volcans endormis….. jusqu’à quand ? …. peuvent-ils se réveiller un jour ?

Que répondre ?

Les thèses les plus abouties à ce jour, et qui paraissent faire consensus au sein de la Communauté Scientifique, en laquelle nous pouvons vouer une confiance sans Borne (libre à vous de mettre une majuscule ou pas), sembleraient conclure qu’il peut y avoir, dans un avenir que l’on peut penser plutôt lointain une reprise de l’activité volcanique au sein de la Chaîne des Puys. Celle-ci se ferait alors, non pas avec les volcans actuels, endormis et qui le resteront, mais avec de nouveaux volcans qui émergeront comme leurs prédécesseurs l’ont fait, il y a maintenant entre …. entre ? ….. entre ? (95.000 à 8.400 ans), merci à ceux qui ont suivi……

 

Vous pouvez donc être rassurés, la Marche Fantastique devrait pouvoir se dérouler sans encombre, du moins de ce côté-ci, jusqu’à son terme.

 

Je vous la souhaite pleine de bons moments, de beaux échanges, de belles rencontres au sein de ce groupe ici éphémère mais très actif et déterminé dans ses choix et ses combats que nous pouvons tous ici saluer et encourager au passage.

Merci de votre attention

 

© Pierre Couchard

 

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