La Deudeuche

À elle seule un poème
Quelques vers pour ceux qui l’aiment
Qui semblent bien mérités
Tant elle nous aura marqués

La Deux Chevaux Citroën
N’a jamais été la reine
La DS avait ce rôle
Face aux autres tas de tôle

Des roues sous un parapluie
Cette phrase a défini
Comment conduire le projet
Que son concepteur portait

Maitre-mot des ingénieurs
Satisfaire son conducteur
Qu’il soit jeune ou paysan
Ouvrier ou dirigeant

Pensée en terre auvergnate
Dès l’après guerre la deux pattes
Jouait la jeune amoureuse
Sans jamais être aguicheuse

Le « vilain petit canard » *
Ce surnom pas franchouillard
Vint de contrées germaniques
Pour cette belle iconique

Plus à l’aise aux champs qu’en ville
Préférant les jeux virils
Elle savait se trémousser
Dans les chemins défoncés

Interdit de casser l’œuf
Qui de la poule était neuf
Pour le conduire de la ferme
Chez le marchand à son terme

Sans attendre de prouesses
Du côté de la vitesse
L’incontestable point fort
Etait plutôt son confort

Pas vaillante au démarrage
Qu’elle ait ou non des bagages
On n’était pas plus serein
S’il fallait user des freins

Si elle peinait dans les côtes
Ralentissant par sa faute
D’autres autos qui pestaient
En descente elle excellait

C’était à tombeau ouvert
Qu’elle parcourait ventre à terre
Ce qui restait de chemin
Pour retrouver les copains

Qu’importe l’état de la voie
L’on avançait avec joie
Au doux ronron du flat-twin
Et des suspensions qui couinent

Le chant des vitres ouvertes
Sur les mouvements de caisse
Aidait à rester alerte
Évitant les maladresses

En été sans sa capote
Elle faisait le plein de potes
Ne craignant d’être minable
Près d’autres décapotables

En hiver et par grands froids
Le chauffage comme il se doit
Évitait aux passagers
D’avoir mains et pieds gelés

Elle était la plus légère
Et pourtant aventurière
Des pôles jusqu’à l’Équateur
De rien elle n’avait peur

Elle a fait le tour du monde
Ayant l’humeur vagabonde
Aussi sobre qu’endurante
Et toujours accommodante

Qui se souvient à l’arrière
De la barre dans le derrière
C’était aussi dans les reins
Lors de valeureux câlins

En référence à ceux-ci
Jamais les mauvais esprits
N’ont empêché quelque amour
D’entrevoir ici le jour

Souvenir d’adolescent
De la vue sur l’interdit
Quand une nymphe jolie
Sortait par la porte avant

Pardon j’allais oublier
Ces bonnes-sœurs ces curés
Ils l’avaient tous dans la peau
Cette chère Dieu-chevaux

S’il fallait tout raconter
Du plus drôle au plus osé
Il faudrait plus d’une plume
Et pas moins de dix volumes

Il est dans chaque famille
Portant beau ou en guenille
Moult histoires du tonnerre
Sur cette auto légendaire

 

 

©  Pierre Couchard

* Das hässliche Entlein en Allemagne ou Lelijk Eendje aux Pays-Bas

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